Le Professeur Nicolas LEVY, chef du service de génétique médicale à l’hôpital de la Timone et directeur de l’unité génomique fonctionnelle au sein d’Aix-Marseille Université-Inserm, conduit actuellement avec Céline Hubert, Directrice du projet, la création du futur institut GIPTIS – Genetics Institute for Patients, Therapies, Innovation and Science. Cet Institut du futur réinvente le modèle d’organisation en santé dans le domaine des maladies génétiques pour accélérer le développement de médicaments en créant une coopération « Public‐Privé » sans précédent.

Une organisation unique qui valorisera l’excellence scientifique et médicale de notre territoire, sera vecteur de retombées sociales et économiques majeures et promet d’être un modèle en Europe et en Méditerranée.

 

Question 1 : Généticien de renommée internationale, vous vous inscrivez avec GIPTIS, dans une lutte active contre les maladies génétiques. Présentez-nous les valeurs ajoutées de ce dispositif « Public-Privé ».

Ce modèle peut-il s’appliquer pour lutter encore plus efficacement contre les maladies plus fréquentes ?

L’Institut GIPTIS repose sur un certain nombre de constats d’opportunités d’optimisation et d’accélération des découvertes. « Nous avons l’opportunité de gagner plusieurs années dans le développement de médicament en regroupant dans un même lieu et dans une organisation totalement repensée, l’ensemble des acteurs de la recherche et du soin, de même que les partenaires industriels qui ont vocation à développer des molécules thérapeutiques en collaboration avec les chercheurs académiques. »

GIPTIS a l’ambition de révolutionner les modalités de prise en charge du malade en le plaçant au cœur d’un système coordonné de soin et de recherche allant du diagnostic à la mise au point d’un traitement.

Le diagnostic et la prise en charge des 8000 maladies rares nécessitent ce continuum d’efficacité et de synergie. Ces pathologies couvrent toutes les disciplines médicales, elles peuvent toucher chaque organe, chez les enfants comme les adultes; elles sont souvent graves et chroniques, affectant la qualité de vie des malades qui en sont atteints et, s’agissant de maladies le plus souvent d’origine génétique, elles ont un très fort retentissement sur les familles. Or, à ce jour, moins de 5% de l’ensemble des 3 millions de malades concernés en France, 1 personne sur 20 soit 300 000 malades dans notre région, sont éligibles à un traitement spécifique. Il y a donc urgence.

Malgré tous les efforts et les formidables compétences des médecins et des chercheurs du domaine en France et en particulier à Marseille, chaque activité indispensable dans les secteurs de la prise en charge médicale et de la recherche est encore trop souvent cloisonnée et les organisations existantes ne permettent pas de faire converger suffisamment l’ensemble des métiers indispensables au développement de traitements. Cela se traduit par une perte de temps et d’opportunités de développement thérapeutique et donc par une perte de chance pour les malades.

Fort de l’excellence des équipes de soin et de recherche dans le domaine à Marseille et de la volonté de tous de revoir en profondeur les conditions d’accueil, de diagnostic, de soin et de recherche, GIPTIS constituera un modèle de collaboration public-privé sans équivalent, au cœur d’un bâtiment remarquable, véritable outil d’efficacité de cette philosophie nouvelle.

Le fruit de ces recherches et de ces développements de nouveaux médicaments sera précieux pour la compréhension et le traitement de maladies plus communes tant les maladies rares sont des maladies modèles pour la compréhension des mécanismes essentiels en biologie et de maladies fréquentes.

Question 2 : L’organisation en transversalité permet une synergie des acteurs particulièrement probante.

Comment avez-vous réussi à impliquer différents coeurs de métiers ? Vous êtes-vous inspiré d’autres modèles d’organisation de ce type, dans le monde ?

GIPTIS s’est inspiré de nombreux modèles à travers le monde pour créer à Marseille un institut de recherche privé à but non lucratif, future fondation reconnue d’utilité publique, dont les acteurs institutionnels majeurs de la gouvernance seront Aix-Marseille Université, l’AP-HM, l’Inserm, l’Institut de Recherche pour le Développement et l’AFM-Téléthon.

Parmi les instituts modèles ayant été regardés de très près, certains institus amis, tels l’Institut Imagine et l’Institut du cerveau et de la moëlle sont basés en France, à Paris, et tendent à démontrer depuis maintenant plusieurs années leur efficacité par la hausse de chaque indicateur de succès et de qualité. D’autres, basés à l’étranger (Europe, USA, Japon) ont été également une source d’inspiration, tout en tenant compte des particularités de notre système national de soins et de recherche, tout comme des grandes stratégies nationales de santé et de recherche que ce soit dans le cadre des plans de santé publique ou de la stratégie nationale de recherche.

L’ensemble des parties prenantes mentionnées, ainsi que les équipes de soins et de recherche déjà impliquées à Marseille, a dessiné ce nouveau modèle et a permis la naissance de ces nouvelles modalités de travail et d’organisation. Ceci n’a pu avoir lieu que grâce à la contribution et le soutien de tous, associations de malades, soignants, chercheurs, entreprises, tutelles institutionnelles, acteurs du développement économique, collectivités territoriales et représentants de l’Etat en région.

De façon tout aussi importante, GIPTIS a pour objectifs de démontrer que les activités médicales et de recherches, fussent-elles du plus haut niveau qui soit, peuvent prétendre à un modèle économique équilibré, générateur de ressources financières et de création d’emplois. Tout en accélérant la mise à disposition de traitements, GIPTIS créera des emplois sur notre territoire, valorisera l’ensemble des métiers de la santé et de la recherche tout en respectant les modalités en place au sein des organismes publics, et sera un facteur important de l’attractivité marseillaise et régionale.

Question 3 : La filière scientifique et médicale fait partie des domaines d’excellence que notre territoire souhaite promouvoir.

Qu’est-ce que le territoire marseillais vous inspire pour mener à bien votre mission de scientifique et d’ Ambassadeur M? »

Comme votre question l’évoque, Marseille est réellement un territoire d’excellence médicale et scientifique. C’est une réalité démontrée dans plusieurs domaines thématiques et, à côté des maladies génétiques, nous pourrions mentionner les maladies infectieuses, l’immunologie, les neurosciences, le champ du cancer et bien d’autres.

Mais Marseille est aussi LA ville méditerranéenne par excellence, à la fois avec ses traditions ancestrales d’accueil, d’échanges et de partages mais qui a également su se tourner vers l’avenir. Marseille a vu naître ce qui est aujourd’hui la plus grande université nationale, attire de nombreux acteurs du monde économique et industriel et se situe ainsi entre traditions et modernité tout en évoluant chaque jour davantage afin de devenir un des plus grands territoires nationaux en termes d’attractivité de professionnels et d’entreprises innovantes.

En tant que scientifique et Ambassadeur M, je tiens à apporter ma contribution au développement de notre territoire Marseillais et cette opportunité m’est donnée grâce aux activités et la discipline qui sont les miennes. D’une part, les maladies génétiques ont une prévalence augmentée dans les pays qui bordent le bassin méditerranéen et GIPTIS affiche clairement sa vocation d’institut méditerranéen permettant d’accueillir les malades en provenance de ces pays, mais également de diffuser et partager ses savoir-faire avec ce qui deviendra le réseau méditerranéen des instituts GIPTIS. D’autre part, l’attractivité des meilleurs équipes scientifiques du domaine, comme des entreprises ayant pour objectif de valoriser les recherches qui y seront menées, feront sans aucun doute de GIPTIS un contributeur important au développement économique comme académique de notre territoire. Je suis convaincu que Marseille peut s’inscrire résolument comme étant la capitale de « l’Euro-Méditerranée »; au-delà du symbole, elle mérite amplement ce titre, même si ce concept est encore insuffisamment ancré dans les esprits. L’énergie et l’engagement qui sont les nôtres, individuellement et collectivement, et grâce aux synergies et convergences telles que mise en avant par le club des ambassadeurs M, seront à n’en pas douter un élément clé de succès pour notre ville.